Le terme « inGenius » est inspiré de l’anglais ingenious, ingénieux en Français, venant du latin ingenium, qui signifie capacité naturelle ou talent inné. Tina Seelig a intitulé son livre ainsi, pour refléter le fait que nous avons en chacun de nous un génie créatif qui attend d’être débloqué.
Tina Seelig enseigne la créativité et l’innovation à l’université de Stanford depuis plus de douze ans. Elle est également directrice exécutive du Stanford Technology Ventures Program (STVP). Un programme qui vise à apporter aux étudiants issus de différents domaines les compétences, les connaissances et les attitudes nécessaires pour savoir saisir les opportunités et résoudre de manière créative les problèmes majeurs du monde.
Dans ce livre, elle nous partage les précieuses connaissances qu’elle transmet à ses étudiants. Une vraie mine d’or pour nous qui souhaitions comprendre la créativité et la développer.
Comprendre la créativité
Tina Seelig enseigne qu’il est possible de devenir plus créatif. C’est même, selon elle, facile parce que c’est une prédisposition naturelle de l’être humain. Nous jouons librement avec cette inventivité naturelle pendant l’enfance, mais on l’écarte au détriment du sens pratique et de la productivité quand nous devenons adultes. Elle compare la créativité à un muscle. Si on ne l’utilise pas, elle peut s’atrophier. Par contre, plus on la travaille, et plus elle va se développer.
Selon inGenius, notre potentiel de créativité est influencé par plusieurs facteurs, qui sont au nombre de six en tout. Certains se développent en nous, d’autres dans le monde extérieur. En agissant sur ces facteurs, on agit aussi sur notre capacité à être créatif.
Pour les facteurs internes, on a : la connaissance, l’imagination et l’attitude.
Et les facteurs externes sont : les ressources, l’habitat et la culture.
Ces facteurs s’influencent mutuellement. Ils sont donc tous aussi importants les uns que les autres et doivent tous être pris en compte pour développer sa créativité. Mais aussi, un facteur peut être modifié. On peut soit l’améliorer, soit l’altérer. Chaque changement sur un facteur aura également un impact sur la créativité.
Afin de regrouper tous ces facteurs et de les expliquer, Tina Seelig a mis au point un modèle qu’elle a nommé « Innovation engine ».
« Innovation engine »

Ce modèle montre comment les différents facteurs qui influencent notre créativité sont liés entre eux. Il permet d’avoir un système structuré pour évaluer la créativité et la développer.
Les présentations des facteurs que je fais ci-dessous ne sont que des résumés très succincts reprenant les idées globales. Pour comprendre le fonctionnement de l’Innovation engine en détail, je recommande vivement de ne pas vous arrêter à cet article, lisez le livre.
Les facteurs internes de la créativité
La connaissance
Tous les savoirs qu’on a acquis, dans tous les domaines et aspects de la vie, constituent une base sur laquelle peuvent se construire de nouvelles idées. Plus nos connaissances sont fournies et plus on aura de matière première à transformer en innovation.
La connaissance fournit le carburant pour l’imagination.
Il est donc important d’entretenir ce facteur. Ce que Tina Seelig nous recommande pour cela, c’est de devenir un bon observateur. Pour elle, l’observation est puissante pour acquérir des connaissances précieuses. On doit donc adopter la posture d’une personne qui porte un regard de curiosité et d’intérêt sur ce qui se passe autour d’elle.
L’imagination
Avoir beaucoup de connaissances ne suffit pas pour être capable de créer. Afin de réussir à inventer quelque chose de nouveau, il faut aller au-delà de ce qui existe déjà. Et c’est l’imagination qui va nous y emmener.
L’imagination est le catalyseur qui permet la transformation d’une connaissance en nouvelle idée.
Mais, comment activer notre imagination ? Tina Seelig nous préconise de sortir de notre cadre connu. Par exemple, en formant des connexions inattendues entre les gens, les endroits, ou les objets qui ne semblent pas du tout liées. Cela peut aussi être en interagissant avec des personnes qui sont en dehors de notre cercle habituel. Ou encore, en transformant des idées déjà existantes. Dans nos expressions, les métaphores, les analogies et l’humour, sont de bons exemples d’associations inattendues d’idées et de concepts.
L’imagination n’a pas de limite. C’est une source intarissable dans laquelle on pourra toujours puiser quelque chose de nouveau.
L’attitude
Notre attitude est cruciale dans notre aptitude à créer. C’est elle qui va nous pousser à aller plus loin ou nous bloquer avant même que nous ayons commencé. Je prends ce message de Tina Seelig dans inGenius comme une mise en garde : « Vous voyez ce que vous voulez voir. Si vous vous voyez comme une personne créative, vous avez plus de chance d’arriver à des idées innovantes. »
L’attitude est l’étincelle qui met l’Innovation engine en marche.
Avons-nous la volonté d’expérimenter ? Sommes-nous prêts à aller au-delà des challenges que nous trouvons intimidants pour trouver des solutions créatives ? Prenons-nous le temps d’aller au-delà idées évidentes ou nous contentons-nous de la première solution que nous trouvons ? Arrivons-nous à ne pas émettre de jugements prématurés sur les nouvelles idées ?
Elle cite dans inGenius cette phrase de Henry Ford qui, pour moi, résume bien l’essentiel : « Que vous pensiez être capable ou ne pas être capable, dans les deux cas, vous avez raison. »
Les facteurs externes de la créativité
Les ressources
Les ressources, ce sont toutes les choses matérielles, mais aussi les moyens et les atouts que nous avons à disposition dans notre communauté. Elles peuvent être abondantes ou limitées, et leur évolution ne dépend pas toujours de nous. La capacité à exploiter ces ressources de manière optimale dans le cadre de la créativité dépend de notre panel de connaissances. Plus on possède de connaissances, plus de ressources on saura mobiliser.
Les ressources sont tous les atouts disponibles dans votre communauté.
Pouvoir accéder aux ressources nécessaires peut être primordial pour consrétiser nos idées créatives. Mais parfois, les contraintes peuvent aussi être bénéfiques pour l’imagination. C’est ce que Tina Seelig appelle alors « creative pressure » (la pression créative). Elle en a fait l’expérience elle-même, dans ses propres travaux, mais aussi auprès de ses étudiants. Elle a remarqué que plus elle durcit les règles et ajoute des contraintes, plus les étudiants font preuve de créativité pour résoudre un problème.
La pression créative provoque un sentiment d’être « en mission » et stimule ainsi l’envie de trouver une solution inédite. Mais, il faut que cette pression soit adaptée en intensité et permet d’atteindre un objectif. Les contraintes peuvent être d’ordre temporel (s’imposer un deadline), spatial ou budgétaire. Cela peut aussi être de participer à une compétition. Dans le cadre d’un exercice d’écriture, cela peut être de s’imposer un nombre de mots, par exemple.
L’habitat
Notre habitat est constitué de notre espace physique : la maison, l’école, le bureau…, mais aussi de notre espace virtuel : réseaux sociaux, sites web,… Selon le cadre et le design de ces espaces, ceux-ci peuvent devenir stimulants ou ennuyeux.
L’habitat, c’est votre environnement local, incluant la maison, l’école, ou le bureau.
Ce que nous voyons et vivons dans notre espace a un impact sur notre état émotionnel et notre façon d’interagir avec les autres. Il est, de ce fait, très important de considérer ce qu’on y met : la décoration, les objets, les fournitures, l’agencement, la luminosité, les bruits ambiants, etc. Mais, il est tout aussi primordial de considérer qui on y trouve. Le type de personnes avec lesquelles on partage notre espace.
La culture
La créativité n’est pas juste une qualité individuelle, la communauté dans laquelle on évolue compte. Est-ce que cette communauté encourage la prise de risque et l’expérimentation, ou au contraire, va-t-elle nous pousser vers la peur de la nouveauté et à ne valoriser que la productivité.
La culture regroupe les croyances collectives et les comportements au sein de la communauté.
Le piège à éviter, c’est que la communauté peut nous instaurer dans la conviction que la manière dont on fait les choses est la seule bonne manière de faire. La vérité, c’est que la plupart du temps, ce qu’on pense être la bonne manière est arbitraire. Découvrir d’autres cultures et modes de vie est un des moyens de se rendre compte de cette subjectivité. En voyageant, par exemple, ou en observant l’évolution d’une communauté multiculturelle.
Tina Seelig souligne d’ailleurs qu’une communauté, que ce soit une entreprise, une ville ou un pays, où il y a de la mixité sociale et culturelle va faire preuve de plus d’innovation et de créativité. Car il va se produire ce qu’elle appelle la « cross-pollination », le croisement de plusieurs cultures différentes qui va enrichir tous les autres facteurs de la créativité et élargir ainsi le cadre du possible.
Oser la créativité
Je retiens de cette lecture que la créativité n’est pas toujours confortable. Toute personne qui veut développer sa créativité doit être ouverte à essayer des choses qu’elle n’a jamais essayées auparavant. Il faut donc oser sortir du cadre que nous connaissons afin de nous ouvrir au monde qui nous entoure, avec curiosité et sans à-priori. Ensuite, oser tester, inventer, expérimenter, même si le résultat est incertain.
Tina Seelig le formule très bien dans inGenius : « Il faut prendre l’habitude de devenir confortable à créer des idées ridicules, parce que plusieurs idées brillantes semblaient folles quand elles ont été conçues pour la première fois. »
Bien sûr, il y a le risque que certaines idées ne mènent à rien. Car, comme elle dit, l’échec est une part inévitable du processus créatif. Mais l’échec n’est pas une fatalité. Il signifie que nous avons trouvé ce qui ne marche pas et que nous pouvons faire différemment la prochaine fois.
Le génie est la capacité à faire le plus d’erreur possible dans la plus courte période de
temps.
La seule vraie erreur, c’est d’arrêter parce qu’on a rencontré un échec. Je pense que je vais prendre très au sérieux le message de Tina Seelig suivant : « La créativité se renforce quand vous récompensez autant le succès que l’échec et que vous punissez l’inaction. »
Et si nous nous retrouvons en panne d’idées ou bloqués dans nos actions, l’Innovation engine avec ses 6 facteurs nous donne des pistes de réflexion, pour réactiver notre créativité à tout moment dans toute situation. Car la créativité n’est pas de la magie, c’est le résultat d’un ensemble de processus et de conditions claires.
