« L’écriture est une île » est un roman, mais pas seulement. C’est un excellent combo entre une fiction émouvante et un mode d’emploi bien réel sur l’écriture.
Lorraine Fouchet embarque ses personnages dans l’aventure d’une semaine d’atelier d’écriture, au cœur d’une île bretonne, coupés de leur quotidien. À travers les pages, on va les découvrir peu à peu : leur parcours de vie, leurs blessures, mais aussi leurs espoirs. Bref, tout ce qui va donner son unicité à leur plume.
Et ils ne savent pas encore que cette expérience, comme toute expérience vécue à travers l’écriture, ne sera pas juste une aventure sur le papier. Elle est aussi sur le point de chambouler le reste de leur vie.
(…) lorsqu’on écrit, c’est un grand huit dont on ne revient pas indemne. Les mots creusent profond, cherchent les émotions, fouaillent la douleur, arrachent les pansements et mettent les plaies à nu. Ecrire n’est pas une thérapie, mais ça ébranle les fondements, ce n’est pas anodin – Alix. Lorraine Fouchet
Voici les trois pépites que je garde de cette lecture :
Chaque écriture est unique
(…) Tous les sujets ont été traités, toutes les histoires ont été écrites. Mais pas par eux. Chaque voix est unique – (Alix). Lorraine Fouchet
Il n’y a pas une seule bonne raison d’écrire. Chaque personne a sa motivation : son parcours, ses rêves, ses peurs, ses passions, les secrets qui la rongent ou les tragédies qu’elle traversent.
Il n’y a pas non plus une seule manière d’écrire. Dans « L’écriture est une île », les personnages sont amenés à écrire sur des thèmes spécifiques. Ils vont s’immerger dans huit jours d’atelier. Un jour, un thème.
Le thème du jour est le même pour les six participants et pourtant, on obtient à chaque fois six résultats complètement différents. Selon le personnage qui écrit, le ton, le langage et l’histoire racontée s’alignent sur ses propres références.
Et ce qui est merveilleux, c’est que, bien que chaque écriture soit différente, chaque œuvre est touchante et inspirante, car elles sont finalement toutes authentiques.
Parfois, on aimerait même que les personnages et leurs œuvres, soient réels.
Écrire est un acte libre
Quand Alix, l’animatrice de l’atelier, annonce le thème du jour, elle ne dit jamais de quelle manière il faut écrire le texte. Ni quelle longueur il doit faire, ni combien de mots il doit contenir, ni sur quel ton il doit être écrit, etc.
Ses consignes se résument souvent à : « C’est vous qui décidez », ou « Quartier libre »… Ce que ses élèves ont fini par résumer en chœur par un seul mot : « Liberté ».
C’est à chacun de composer ses notes comme il le souhaite.
Les musiciens ont les sept notes de la portée : do ré mi fa sol la si. Les écrivains ont les lettres de l’alphabet, dit-elle. Chaque texte a son rythme, son harmonie propre. Chaque plume est singulière et reconnaissable – Alix. Lorraine Fouchet
Un écrivain est complètement libre dans sa création. Il peut faire se coucher le soleil à l’est si ça lui chante. Il peut même ressusciter un personnage d’entre les morts ou le rendre immortel. Rien ne lui est impossible.
En écriture, toutes les règles méritent d’être transgressées. (…) ce n’est pas un article de journal ni une synthèse, mais une promenade drôle ou tragique sans parcours fléché. – Alix. Lorraine Fouchet
De la création pure à la réécriture
Écrire ne s’apprend pas selon une formule figée. La pratique de l’écriture, telle qu’elle est présentée dans ce livre, consiste plutôt à titiller l’imagination et à lâcher la bride à la créativité. Le focus n’est pas sur le comment, mais sur le quoi.
Après la phase de création, il est toujours possible d’améliorer la forme, si on le souhaite. Dans certains cas, cela peut être nécessaire. Notamment, si l’on envisage de proposer son texte à un éditeur.
Et justement, ce roman transmet aussi de précieuses leçons sur le travail de réécriture : comment faire passer un texte de maladroit ou lourd à inspiré, ou encore quels sont les points essentiels à soigner pour accrocher un éditeur, comme l’incipit (les premiers mots) et l’excipit (les derniers mots).
Si l’on veut aller plus loin, les exercices proposés dans le livre sont accessibles. Je pense même qu’on pourrait s’amuser à les faire nous-mêmes. Comme si nous faisions partie des personnages.
Je ne me suis jamais demandé comment on écrit, c’est venu tout seul, à force de relectures, de corrections, de feuilles chiffonnées lancées dans la corbeille, de nuits blanches et d’encre noire. Je ne détiens aucune vérité. L’expérience m’a inculqué des évidences. Les échecs m’ont été bénéfiques. (- Alix). Lorraine Fouchet
